Les vendanges en Muscadet ont eu une saveur particulière l’an dernier. Joseph Batard, viticulteur depuis plus de quarante ans, s’apprêtait alors à tirer sa révérence. Avant de partir à la retraite, il a voulu garder un souvenir de son métier en images, une manière de transmettre son quotidien à ses enfants et petits-enfants.
Nous avons donc décidé de l’accompagner, en immersion totale, pour documenter ces deux jours de récolte sur sa parcelle de quinze hectares, à Maisdon-sur-Sèvre.
Une journée de vendanges en Muscadet
Il fait encore nuit lorsque la machine à vendanger arrive sur le domaine. L’air est frais, l’obscurité encore dense. Alors que je me prépare à partir dans les vignes, Joseph donne ses instructions à l’opérateur. Enfin, le ronronnement de la machine se fait entendre. La récolte peut commencer !
La cadence est intense. La machine secoue les ceps et récupère les raisins, rang après rang. Alors que l’ouvrier poursuit les vendanges, Joseph s’accorde une courte sieste dans le tracteur. Levé bien avant l’aube, il doit tenir jusqu’au soir, contrairement à l’opérateur de la machine qui sera relayé à midi.
Après une pause de 30 minutes, le voilà de retour pour s’assurer que tout se déroule parfaitement. Il réceptionne la première cargaison de raisins, les charge dans une remorque et les conduit jusqu’au pressoir, où il prend en charge l’étape du pressurage.
Une fois le jus récupéré, les résidus de raisins, appelés marc, doivent être soigneusement retirés. Celui-ci, représentant environ 15% du poids du raisin, sera ensuite utilisé en distillerie, ou composté.
En fin de matinée, la machine à vendanger est de retour sur l’exploitation. Il faut impérativement la nettoyer : le sucre, redoutable pour les mécanismes, met à rude épreuve ses composants. L’opérateur est relayé et, après une courte pause, les vendanges reprennent avec la même intensité.
Les coulisses du métier
En parallèle des vendanges, Joseph veille à plusieurs autres tâches essentielles. Avant l’arrivée des premières grappes, il descend dans les cuves pour vérifier qu’elles sont propres et prêtes à accueillir le nouveau jus de raisin. Plus tard, il contrôle l’alcoolémie du vin à l’aide d’un vieil alcoomètre, témoin d’un savoir-faire transmis de génération en génération.
Tout au long de la journée, nous suivons Joseph dans ses différentes missions. Nous le retrouvons en pleine dégustation du vin nouveau, un moment clé pour évaluer la qualité du millésime. Il analyse aussi le pH du vin, une pratique courante en œnologie, où tradition et précision scientifique se rejoignent.
Une expérience unique
Ce reportage m’a offert un regard inédit sur le travail des vendanges en Muscadet. Voir les vignes s’animer dans l’obscurité, éclairées seulement par les phares de la machine, était une scène presque irréelle.
En montant dans la cabine, j’ai pris la place du vendangeur et observé le vignoble défiler sous mes yeux, bercé par le bruit sourd des secousses et des grappes qui tombent. Mieux encore, perché au-dessus de la machine, j’ai pu immortaliser ces instants sous un angle fascinant : la chute des raisins, presque chorégraphiée, illuminée par les premières lueurs du jour.
Mais ce qui m’a le plus marqué, c’est cette atmosphère si particulière qui règne pendant les vendanges. L’odeur du raisin fraîchement cueilli, le silence de la nuit progressivement remplacé par le vrombissement des moteurs et le ballet des ouvriers concentrés sur leur tâche. Ce sont ces petits détails, presque imperceptibles pour un œil extérieur, qui donnent toute sa richesse à cette immersion.
Joseph prendra bientôt sa retraite, mais ses gestes, ses habitudes et son amour du vin continueront de vivre à travers ces photos. Et qui sait ? Peut-être qu’un jour, en feuilletant ces souvenirs, ses petits-enfants auront eux aussi envie de perpétuer cette belle histoire.